mercredi 3 juin 2020

Histoires de chronos


Lundi à Deauville, le temps mis par le gagnant du Grand Handicap des Milers pour parcourir les 1 600 mètres en ligne droite est de 1’33’’97. C’est deux dixièmes plus vite que les poulains dans l’Emirates Poule d’Essai (Gr1), et 1,7 seconde mieux que les pouliches du classique qui leur était réservé. Faut-il en conclure que les partants du handicap sont meilleurs que les jeunes classiques ? Évidemment non, et cela pour plusieurs raisons.

Il apparaît d’abord que les meilleurs chevaux ne détiennent pas les records sur les parcours. Ce sont même parfois des gagnants assez anodins qui battent ces records, soit parce qu’ils ont couru sur un terrain particulièrement rapide, soit parce que la course s’est disputée de telle façon qu’elle a favorisé le chrono : un bon leader, un grand nombre de concurrents, etc. 

On doit aussi rappeler qu’à cette époque de l’année (première quinzaine de juin), les poulains de 3 ans affrontant leurs aînés sur 1 600 mètres en reçoivent 5 kilos, ce qui correspond en théorie à cinq longueurs, c’est-à-dire plus ou moins 7 dixièmes de secondes.



Certes, le gagnant du handicap, We Ride the World, portait 59,5 kg, alors que les poulains en portaient 58 et les pouliches 57. S’ils avaient disputé la même course, en s’appuyant sur la base des poulains de 3 ans, le gagnant du Quinté+ aurait porté 58 + 5 = 63 kg, et les pouliches de 3ans 56,5 kg puisque la différence entre les sexes est de trois livres.

Enfin, ce qui fait qu’un cheval est meilleur qu’un autre, au-delà de sa capacité à le dépasser en course, à la lutte, qui est déjà primordiale, c’est sa capacité d’accélération. Or lundi, les deux meilleures fractions de parcours dans les six cents derniers mètres ont été l’apanage des 3ans : 11’’54 pour les mâles et 11’’51’’ pour les femelles, pour aller des 400 aux 200 mètres, contre 11’’88 pour les milers du handicap.

En somme, le temps final est beaucoup moins significatif que la façon dont il a été réalisé.

France Galop